Neuro-Constellations®
Une approche des constellations qui place la sécurité et le système nerveux au cœur du travail
Une constellation est un véritable ballet dans lequel des systèmes nerveux entrent en interaction.
C’est cette prise de conscience qui nous a conduits, Éric Laudière et moi, à développer ce que l’on finira par nommer, avec Stephan Schillinger, les Neuro-Constellations®.
Éric avait construit au fil des années sa propre manière de travailler en constellation, issue notamment de son expérience auprès d’Alejandro Jodorowsky. J’y ai apporté mon expérience du psychotrauma et ma connaissance du système nerveux. De cette rencontre est née une autre manière de comprendre ce qui se passe pendant une constellation.
Pourquoi faire une Neuro-Constellation® ?
On peut venir faire une constellation lorsqu’une situation semble se répéter ou résister à ce que l’on a déjà compris. Une relation amoureuse, familiale, amicale ou professionnelle qui fait souffrir, une difficulté avec l’argent ou le travail, une douleur ou un symptôme que l’on souhaite explorer, une histoire familiale qui semble encore peser, ou simplement le sentiment que quelque chose nous empêche de vivre ou d’exprimer pleinement qui l’on est.
La constellation permet de sortir de notre angle de vue habituel. Au lieu de seulement raconter ou réfléchir à la situation, on lui donne une forme et on observe ce qui se passe dans le corps, dans la relation et dans l’espace.
En groupe, on s’appuie aussi sur l’expérience des autres. On ne ressent plus seul·e. On ressent à plusieurs. Les représentant·es et les témoins apportent leurs perceptions, sans que personne ne prétende détenir une vérité sur notre histoire.
Et surtout, la constellation permet de vivre une expérience nouvelle. Face à ce qui était autrefois difficile, on est aujourd’hui adulte, entouré·e, libre de bouger, de s’éloigner, de dire non, de chercher du soutien ou une protection. Le passé ne change pas, mais notre corps peut découvrir qu’aujourd’hui, d’autres réponses sont possibles.
C’est cette expérience nouvelle, vécue suffisamment en sécurité, qui peut peu à peu ouvrir du mouvement là où quelque chose semblait figé.
Tout commence par une histoire
Une personne arrive avec une problématique. Elle raconte ce qu’elle comprend de son histoire, de sa famille, de ses relations, de ce qui la fait souffrir ou semble se répéter.
Cette histoire est sa réalité subjective. C’est à partir d’elle que l’on travaille.
La personne qui accompagne pose quelques questions afin de comprendre les enjeux et d’évaluer ce qui aura besoin d’être représenté.
Qui va représenter quoi ?
Vient alors le moment du casting.
Les rôles proposés sont souvent ceux de membres de la famille, mais pas nécessairement. Une personne importante dans l’histoire peut être représentée, tout comme une ressource : un animal protecteur, un arbre, l’eau, la justice, un lieu, un archétype…
À partir de ce qui a émergé lors de l’échange, la personne qui accompagne évalue et décide quels rôles seront représentés. La personne qui fait sa constellation choisit ensuite, parmi les participant·es, qui elle souhaite inviter dans ces différents rôles. Chacun·e reste libre d’accepter ou de refuser. Les autres sont témoins et font aussi partie de l’expérience.
Les corps bougent, quelques mots se disent
Les personnes se déplacent. Certaines ont envie de se rapprocher ou de s’éloigner. Un regard devient difficile à soutenir. Une présence rassure. Une autre provoque une tension. Une respiration se bloque. Une personne baisse la tête tandis qu’une autre éprouve le besoin de se redresser.
Et les personnes parlent. Peu.
« Tu m’as abandonné. »
« Je vois que tu as peur de moi, et ça me plaît. »
Des paroles très difficiles peuvent être entendues. On ne reste pas pour autant plongé dans ce qu’elles provoquent. On revient à la pièce, au groupe, à une présence rassurante, à ce qui permet de sentir qu’ici et maintenant, on est en sécurité. Puis, si c’est possible, on s’approche à nouveau de ce qui était difficile.
Ce mouvement d’aller-retour permet de traverser sans se perdre dans ce que l’on traverse.
Il ne s’agit pas d’entrer dans une conversation. Quelques mots sont dits avec le plus d’honnêteté possible, sans passage à l’acte. Puis on attend.
Quelqu’un réagit. Une personne se déplace. Un regard change. Une distance s’installe. C’est ainsi, parfois millimètre par millimètre, que les positions et les relations évoluent.
Nous ne considérons pas ces sensations comme la révélation d’une vérité cachée sur une famille. Elles sont une expérience vécue ici et maintenant dans le corps de la personne qui les ressent.
La personne qui accompagne aide chacun·e à rester attentif·ve à ce qui se passe. Qu’est-ce qui change lorsque je regarde cette personne ? Ai-je envie de m’approcher ou de m’éloigner ? Qu’est-ce qui m’effraie ou me soulage ?
La sécurité comme principe non négociable
La sécurité est le socle des Neuro-Constellations®.
Le cadre repose sur la confidentialité, la bienveillance, le consentement, l’absence de passage à l’acte, le respect des limites de chacun·e et, avant tout, la sécurité.
Une expérience intense n’est pas nécessairement une expérience thérapeutique. Lorsqu’un mouvement est impossible, on ne cherche pas à passer en force.
« Je ne peux pas me retourner vers cette personne. C’est hors de question. »
La personne qui accompagne propose alors :
« De quoi aurais-tu besoin pour que cela devienne suffisamment sûr ? »
Peut-être d’une personne protectrice. D’une distance plus grande. De la justice. D’un animal. D’une présence rassurante. Ou simplement de ne pas faire ce mouvement aujourd’hui.
La réponse ne vient pas toujours de la personne qui accompagne. Elle peut aussi émerger spontanément du groupe. Quelqu’un peut dire avoir envie de venir se placer à côté de la personne, de s’interposer ou de lui offrir un appui.
Et parce que ce qui est possible à un moment peut ne plus l’être quelques minutes plus tard, le consentement n’est jamais considéré comme acquis. Il se vérifie tout au long du processus.
Travailler avec la physiologie du trauma
Un événement appartient au passé, mais certaines réponses de protection peuvent continuer à s’activer dans le présent. Le corps peut alors réagir comme si le danger était encore là. C’est avec cette réalité physiologique que l’on travaille.
On ne demande donc pas à une personne de dépasser sa peur ou de forcer un mouvement que son corps refuse. On cherche les conditions qui lui permettent de rester suffisamment présente et en sécurité pour que quelque chose puisse bouger.
La personne qui accompagne soutient ce processus sans prétendre connaître à la place des autres leurs ressentis, ce qui est vrai pour chacun·e ou ce qui devrait advenir.
Nommer ce qui a besoin de l’être
Certaines choses peuvent avoir besoin d’être dites clairement.
Un mort est mort. Un vivant est vivant.
Je suis ta fille, je ne suis pas ta mère.
Un enfant n’a pas à porter la responsabilité d’un adulte.
Une souffrance peut avoir besoin d’être reconnue, une responsabilité assumée, une limite posée.
Même lorsqu’une histoire comporte des violences, il est possible de reconnaître pleinement ce qui a été subi et la responsabilité de celui ou celle qui en est l’auteur, sans réduire cette personne à son acte.
Une expérience collective
Une Neuro-Constellation® n’appartient pas seulement à la personne qui apporte son histoire.
Les personnes qui représentent et celles qui assistent peuvent être touchées par ce qui se déroule. Chacun·e traverse l’expérience avec sa sensibilité et son histoire. Le processus de transformation appartient ainsi à chacun·e, même si la constellation est née de l’histoire d’une seule personne.
Remettre du mouvement
Une Neuro-Constellation® dure généralement entre une demi-heure et deux heures.
Nous ne cherchons pas à guérir. Nous cherchons à remettre du mouvement là où quelque chose s’était figé.
Lorsque ce mouvement a eu lieu et que le système retrouve suffisamment de stabilité, la constellation peut s’arrêter.
Les corps et les systèmes nerveux ont leurs propres capacités d’adaptation et de réorganisation. Nous n’avons aucun pouvoir de guérison. Notre travail consiste à créer les conditions pour que ce qui ne circulait plus puisse recommencer à bouger.
Quelle différence entre une constellation familiale et une Neuro-Constellation® ?
D’abord, une autre manière de consteller
Les Neuro-Constellations® sont issues de la pratique développée par Éric Laudière au fil de plusieurs décennies. Les constellations Laudière ne s’inscrivent pas dans la filiation directe de Bert Hellinger, même si certains aspects de son travail ont pu l’inspirer et que nous lui en sommes reconnaissants.
La pratique de Hellinger appartient aussi à une époque où les connaissances sur le psychotrauma étaient encore très peu intégrées aux pratiques thérapeutiques. Depuis, les avancées de la recherche, notamment des neurosciences, ont considérablement enrichi notre compréhension du trauma, de ses effets sur le système nerveux et de leur prise en compte dans l’accompagnement. Elle porte également des conceptions de l’autorité, de la famille, des rapports entre les sexes et de la sexualité dont nous nous démarquons aujourd’hui. La diversité des orientations sexuelles, des identités et des expressions de genre fait pour nous tout simplement partie de la réalité humaine.
De nombreuses personnes pratiquant les constellations ont elles aussi, heureusement, fait évoluer leur pratique à la lumière des connaissances et des sensibilités contemporaines.
Dans les « constellations Laudière », la personne qui facilite n’est pas celle qui sait. Elle soutient et régule le processus, suggère éventuellement des chemins, sans imposer de phrases ni décider de ce qui serait juste pour quelqu’un d’autre. L’intelligence des personnes et l’intelligence collective du système sont au cœur du processus.
Les frontières du système sont également différentes : la personne qui fait sa constellation, les représentant·es, le groupe et la personne qui facilite en font partie. Ce qui surgit dans l’environnement peut aussi être pris en compte. Le vivant n’est pas considéré comme extérieur à ce qui se passe.
Puis, l’apport du psychotrauma et du système nerveux
J’ai rencontré Éric et sa pratique en 2005. Mon expérience clinique, ma sensibilité et mes compétences dans l’accompagnement du psychotrauma, de l’attachement et de la régulation du système nerveux sont progressivement venues rencontrer sa manière de consteller. Éric et moi avons créé les Neuro-Constellations® à partir de cette rencontre.
L’attention portée aux signes d’activation ou de dissociation, aux mouvements de protection, aux ressources et au rythme de la personne transforme concrètement la pratique. On ne pousse pas. On peut ralentir, s’arrêter, revenir à une ressource ou modifier le casting. Le consentement est vérifié tout au long du processus. La sécurité, le consentement et l’horizontalité déterminent la manière même de consteller.
Stephan Schillinger nous a ensuite rejoints pour participer à la définition, à la formalisation et à la description des Neuro-Constellations®. Ce travail a notamment donné naissance au livre dont Éric Laudière, Stephan Schillinger et moi sommes coauteurs.
Une constellation en individuel, concrètement
Il n’est pas nécessaire d’être en groupe pour faire une constellation. Je travaille d’ailleurs très souvent en individuel. Pour certaines personnes, l’intimité du face-à-face offre la délicatesse et la sécurité dont elles ont besoin.
Dans mon cabinet, les chaises deviennent facilement des places. Cela peut être votre grand-mère, votre partenaire, un·e aïeul·e, une personne importante de votre histoire, une ressource, mais aussi différentes parts de vous-même.
Très souvent, plusieurs parts de soi sont en désaccord. L’une parle fort, une autre se fait à peine entendre. La constellation devient alors une forme de médiation intérieure. Personne n’a tort ou raison. On ne se débarrasse pas d’une partie de soi : on cherche à la comprendre, à la considérer et à l’aider à grandir.
Le travail se fait beaucoup à partir de ce qui se passe dans le corps. Qu’est-ce que ce mot provoque en vous ? Que se passe-t-il face à quelqu’un qui vous confronte ? De quoi auriez-vous besoin pour pouvoir rester là ? Parfois, nous mettrons symboliquement cette personne à l’autre bout de la pièce. Parfois, nous chercherons d’abord une ressource.
Ma connaissance du psychotrauma guide toute cette exploration. Je reste attentive aux réactions du système nerveux et à ce qu’il est réellement possible de traverser aujourd’hui. On ne cherche ni l’intensité ni le spectaculaire. On prend le temps de retrouver suffisamment de sécurité pour qu’une expérience nouvelle puisse être vécue et intégrée.